Pour répondre à la question de « comment travailler l’estime de soi » , je vous propose dans un premier temps de définir ce qu’est l’estime de soi, quels sont les différents types, pourquoi travailler l’estime de soi et ce qu’est une bonne estime de soi.
Puis, nous verrons ensemble concrètement comment travailler l’estime de soi, notamment en modifiant son rapport à soi, son rapport aux autres et son rapport à l’action.
Qu’est-ce que l’estime de soi ?
Même si le concept d’estime de soi est complexe et abstrait, l’estime de soi peut se définir simplement par :
- ce que je suis,
- ce que je pense de moi,
- la valeur que je m’accorde.
Ainsi l’estime de soi se réfère à une opinion subjective de soi-même, comment je m’évalue et je me juge.
L’estime de soi répond à 3 questions essentielles :
Comment je me vois ? | Ai-je tendance à voir en moi plutôt le positif, le négatif, ou un mélange équilibré des deux ? A quel point ai-je conscience de mes qualités, mes capacités, mes forces et aussi de mes faiblesses et mes vulnérabilités ? |
Comment je me juge ? | Je me juge plutôt avec bienveillance ou avec sévérité ? Quel regard je porte sur mes forces et mes limites ? A quel point je les accepte ou pas ? |
Comment je me traite ? | Quand j’échoue, je me punis ou je me console ? Quand je réussis, je me considère comme le meilleur ou je me dis que je ne suis pas supérieur aux autres ? |
Pour en savoir davantage sur les différences entre l’estime de soi, l’affirmation de soi et la confiance en soi, vous pouvez lire mon article sur les 12 symptômes du manque de confiance en soi.
Quels sont les différents types d’estime de soi ?
Selon les psychiatres et psychothérapeutes Christophe André et François Lelord, l’estime de soi peut être mesurée selon 2 caractéristiques :
- la hauteur qui varie entre une estime de soi haute où on a tendance à se surestimer, et une estime de soi basse où on a tendance à se sous-estimer,
- la stabilité qui implique une constance du comportement et du discours face aux revers et aux réussites.
Nous pouvons ainsi regrouper les personnes selon 4 grands types d’estime de soi :
Une estime de soi haute et stable | Une estime de soi haute et instable |
vision stable de son image, peu affectée par les événements quotidiens de la vie | vision fluctuante de son image en réaction aux situations rencontrées du quotidien |
peu d’énergie consacrée à se mettre en avant | tendance à valoriser ses qualités et ses réussites pour favoriser les perceptions positives |
peu d’énergie consacrée à se défendre / se justifier des critiques ou échecs lorsqu’ils sont mineurs | beaucoup d’énergie consacrée à se défendre / se justifier des critiques ou échecs même s’ils sont mineurs |
écoute rationnelle des critiques, sans réactions défensives excessives | écoute émotionnelle des critiques |
bonne résistance au stress | tendance à l’agressivité, l’irritation, la colère dès qu’un événement peut mettre à mal son image (comme une critique ou un échec) |
Une estime de soi basse et stable | Une estime de soi basse et instable |
peu de fluctuations de l’image de soi | estime de soi qui peut s’élever suite à un(e) succès / satisfaction mais peut être rapidement rabaissée par un événement perçu négativement |
états émotionnels régulièrement négatifs, | états émotionnels mixtes : négatifs mais avec des moments positifs |
peu d’efforts pour se valoriser à ses yeux et aux yeux des autres, c’est une « cause perdue » | modestie lors de succès et discrétion dans sa souffrance |
sentiment d’être inutile | désir d’être accepté et tendance à éviter de se trouver en échec ou rejeté(e) |
résignation | envie de progresser : efforts pour se donner une meilleure image de soi et améliorer ses états d’âme |
L’estime de soi évolue, selon le contexte de vie, les expériences vécues et l’environnement.
On peut modifier son estime de soi mais améliorer son estime de soi prend du temps !
Pourquoi travailler l’estime de soi ?
Travailler l’estime de soi permet d’avoir une bonne estime de soi qui dure :
- un certain amour de soi,
- une vision de soi positive,
- confiance en soi pour pouvoir s’affirmer et se différencier face aux attentes et demandes des autres.
Une bonne estime de soi, c’est notamment :
- s’accepter tel que l’on est, avec ses forces et ses faiblesses,
- ne pas avoir honte de parler de ses qualités, ni de ses limites,
- avoir conscience de sa valeur, sans excès ni dévalorisation,
- s’autoriser à être soi-même avec les autres,
- s’affirmer en exprimant son opinion, son désaccord, en osant dire non, sans agressivité disproportionnée,
- traverser ses peurs, prendre des initiatives et oser passer à l’action,
- ne pas s’effondrer au moindre échec et ne pas déployer trop d’énergie pour éviter toute erreur / tout échec,
- savoir lâcher prise face aux situations que l’on ne peut contrôler,
- être moins anxieux face aux aléas de la vie,
- être plus doux avec soi- même.
Comment travailler l’estime de soi ?
En me basant sur les travaux de Christophe André et François Lelord, et en les complétant, je vous propose d’améliorer votre estime de soi en portant vos efforts sur 3 domaines :
- le rapport à soi,
- le rapport aux autres,
- et le rapport à l’action.
Tout d’abord, travailler l’estime de soi, c’est travailler son rapport à soi
1. Se connaitre
La prise de conscience est le premier pas vers le changement.
- Avoir conscience de ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas.
- Avoir conscience des domaines que l’on connait bien et ceux que l’on connait moins.
- Avoir conscience de ses qualités / capacités / forces et aussi de ses faiblesses / vulnérabilités.
- Lister ses réussites et ses échecs.
- Identifier son critique intérieur,
- cette petite voix intérieure qui juge nos comportements et qui reflète nos problèmes d’estime de soi.
2. S’accepter
- Accepter d’être humain avec ses propres forces et propres limites.
- Ne pas avoir honte de parler aux autres :
- de ses limites,
- de ses qualités de façon tempérée.
- Accepter de ne pas être parfait, mais de faire de son mieux.
- Accepter ses échecs tels qu’ils sont afin de voir comment on peut faire mieux la prochaine fois.
3. Etre honnête avec soi-même
- Poser un regard plus objectif sur soi-même.
- Prendre de la distance vis-à-vis de ses jugements en les nuançant : ce n’est pas tout ou rien.
- Accueillir ses émotions quelles qu’elles soient et les nommer – voir mon article sur Comment accueillir ses émotions.
- Se rappeler quotidiennement ce qu’on fait de bien et célébrer ses réussites personnelles.
- Se parler à la fois avec bienveillance, compréhension, et exigence, comme si on parlait à un(e) ami(e) cher(ère),
- faire preuve d’auto-compassion : on ne dit pas à un(e) ami(e) cher(ère) qu’il ou elle est nul(le) mais que ce qu’il ou elle a fait n’a pas marché.
Travailler l’estime de soi, c’est aussi travailler son rapport aux autres
Nous ne pouvons pas cultiver nos forces, nos ressources internes uniquement tout seul. Nous avons besoin des autres. Ainsi, l’estime de soi est renforcée par le lien social.
4. S’affirmer
- Exprimer sa propre opinion et défendre son point de vue.
- Pouvoir dire non ou son désaccord avec l’autre sans agressivité.
- Répondre avec calme à une critique
- Prendre le risque de déranger l’autre ou de lui déplaire
- Recevoir ou formuler un compliment
- Accepter de recevoir de l’aide quand on en a besoin.
5. Être empathique
- Savoir écouter les autres.
- Être à l’écoute de ses ressentis quand l’autre nous parle.
- Chercher à comprendre les autres.
- Respecter le point de vue des autres tout en affirmant sa propre opinion.
6. S’appuyer sur le regard des autres
- Savoir demander du soutien aux autres.
- Se tourner vers les autres et ne pas rester seul en cas de difficultés.
- Diversifier son soutien social : amis proches et famille, collègues, camarades, connaissances.
- Se comparer de façon utile aux autres,
- pour s’en inspirer et récupérer des informations sur quoi faire de bien ou quoi éviter.
Enfin, travailler l’estime de soi, c’est travailler son rapport à l’action
Changer ne se fait pas seulement dans sa tête, mais aussi en se jetant dans l’action. Ça permet d’apprendre, de progresser et d’accepter d’échouer.
7. Agir
- Oser, tenter, entreprendre des actions.
- Accepter d’échouer, qui permet d’oser et d’agir davantage.
- Se fixer des objectifs modestes et réalistes dans la vie quotidienne,
- afin de pouvoir les atteindre et obtenir une satisfaction renforçant l’estime de soi.
- Se focaliser sur un domaine, une passion, un hobby,
- pour améliorer ses compétences et favoriser la reconnaissance sociale.
8. Faire taire le critique intérieur
- Remettre en question les pensées négatives, cette petite voix intérieure en se posant les questions suivantes :
- est-ce fondé ?
- est-ce utile à se sentir mieux ?
- est-ce utile à mieux gérer la situation ? À mieux faire face à la situation la prochaine fois ?
9. Accepter l’idée de l’échec
- Ne pas voir les choses en noir et blanc : nuancer sa vision de l’échec.
- Se rappeler que tout le monde a échoué, échoue et échouera.
- Tirer les enseignements des échecs.
- Rappel – les échecs sont une source d’informations pour pouvoir s’améliorer et progresser.
Pour conclure, trois aspects sont particulièrement essentiels pour une estime de soi solide et saine :
Un regard bienveillant sur soi-même : il est crucial d’apprendre à s’accepter avec bienveillance, et à apprécier ses progrès, plutôt que de se concentrer uniquement sur ses réussites.
Un rapport équilibré aux autres : il est important de reconnaître son besoin d’être apprécié et aimé, tout en évitant de devenir dépendant de l’admiration extérieure.
Une ouverture au monde : l’estime de soi ne doit pas être un but en soi, mais plutôt un moyen d’apprécier la vie et de s’engager pleinement avec le monde qui nous entoure.
Bibliographie
- Imparfaits, libres et heureux – Pratiques de l’estime de soi, Christophe André, Odile Jacob, 2006
- L’estime de soi – S’aimer pour mieux vivre avec les autres, Christophe André, François Lelord, Odile Jacob, 2008
- La confiance en soi – Comment croire en vous ?, Frédéric Fanget, Catherine Meyer, Line Hachem, Les Arènes BD, 2024
Stéphane BAUDOUIN
Thérapeute en Gestalt Thérapie, je vous reçois dans mon cabinet sur Lyon ou à distance en visio.